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Renouvellement générationnel de la classe politique : Le Balai citoyen pose le débat à l’université Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo

01/06/2017

Le personnel politique burkinabè serait-il historiquement dépassé et déphasé avec les réalités du Burkina post-insurrectionnel? La question fait débat dans les grins de thé et les réseaux sociaux. Pour débattre du sujet, le Balai citoyen a convié trois panelistes pour échanger avec le public étudiant le 27 mai dernier à l’université de Ouaga I Pr Zoseph Ki-Zerbo.


Le premier paneliste, le Pr Boureima Ouédraogo, a mis en évidence dans un premier temps, les vertus de la conférence citoyenne dans les démocraties représentatives. Pour cet enseignant en sociologie, les conférences sont des moyens qui permettent de relever les défis de la démocratie représentative. Par l’organisation des conférences citoyennes, la société civile peut intervenir dans le champ politique tout en évitant des formes d’actions politiques violentes.

Il convient ainsi de faire de la conférence citoyenne, un lieu de discussion morale et équitable.

Dans un second temps, le Professeur a évoqué le concept de jeunesse en s’interrogeant sur ce que peut recouvrir le terme de jeunesse. Il s’est posé la question de savoir si la jeunesse est juste «un mot» ou si l’on peut aussi percevoir à travers ce terme un ensemble de «maux».

Le Professeur a terminé en soulignant que la thématique du panel est liée aux enjeux des actions des jeunes en rapport avec l’engagement politique. Le constat est que la plupart du temps, les jeunes sont considérés comme des «choses» au sein des partis politiques.


Aussi, il faut se demander si cette jeunesse qui est active lors des crises et qui revendique le changement est cette même jeunesse qui assiste de façon passive et impuissante à l’élection de dirigeants qui ne reflètent pas le changement. Ce paradoxe amène à s’interroger sur la stabilité du jugement politique des jeunes.

Le propos de fin du Professeur souligne l’idée que la Balai Citoyen peut constituer un pilier solide pour renouveler la politique au Burkina Faso.

Le deuxième paneliste, Dr Abdoul Karim SAIDOU a commencé son propos par une interrogation: peut-on compter sur la jeunesse?

Avant de répondre à cette question, il va s’intéresser au concept de jeunesse. Selon les textes du Burkina Faso, la jeunesse est la tranche d’âge située entre 15 et 35 ans. Mais dans le domaine politique, on considère la jeunesse comme la tranche d’âge située entre 18 et 35 ans. Parlant de jeunesse, il faut prendre le soin de dire qu’il s’agit à la fois des jeunes hommes et des jeunes femmes, souligne-t-il.

En ce qui concerne le renouvellement de la classe politique, c’est une réalité nécessaire au regard de certains constats, fait-il remarquer. Par exemple, la moyenne d’âge à l’Assemblée nationale est de 50 ans. Aussi, il y a une sorte de discrimination des jeunes dans les instances de décisions politiques et surtout une faible représentation des jeunes en politique. Ce qui naturellement induit une faible prise en compte des intérêts de ces jeunes dans la mise en place des politiques publiques.

Par ailleurs, pour le Dr Saidou, l’élite politique qui gouverne actuellement a comme épuisé sa créativité et son ingénierie politique. Du coup, elle est incapable de mettre la société en mouvement, d’où le statu quo qu’il est donné de constater aujourd’hui. L’exemple de la journée nationale du paysan est parlant à ce propos. Durant cette journée, il n’y a rien eu de nouveau. Tout s’est déroulé comme cela se faisait sous le règne de Blaise Compaoré.

Revenant sur la question de savoir si on peut compter sur la jeunesse, le Dr indique que les jeunes peuvent agir selon deux logiques. D’abord en tant que jeunes inscrivant leurs actions dans une dynamique partisane, c’est-à-dire au sein des partis politiques, et ensuite en tant que jeunes agissant dans le cadre de la société civile et à ce niveau, ils sont dans le domaine des contre-pouvoirs.

Le propos de Saidou s’est terminé sur l’idée qu’il y a des conditions défavorables au renouvellement de la classe politique comme l’argent, la culture du clientélisme; mais aussi des conditions favorables comme le droit, le potentiel que constitue la jeunesse.

Ce qu’il faut, c’est de créer des conditions structurelles pour l’émergence d’une jeunesse politique, mettre en place une politique des quotas de jeunes sur les listes électorales, encourager les jeunes à s’engager en politique, aller vers une pratique politique fondée sur des programmes politiques et des idéologies. Tout cela en n’oubliant pas que les jeunes ne sont pas contre les vieux et vice-versa. Il faut donc une collaboration et une complémentarité entre les jeunes et les vieux.

Le troisième et dernier paneliste à prendre la parole, c’est le Docteur Abdoulaye BARRO, enseignant de Philosophie à l’université de Ouagadougou. Pour Dr Barro, il convient de se demander avant tout si le phénomène Macron peut avoir lieu dans le contexte burkinabè? S’il ne répond pas de façon tranchée à cette question, il soutient que de toute façon, après une tempête sociale (comme l’insurrection), il y a un fort potentiel de circulation des élites. Cette circulation suppose un changement de personnel politique. Mais cela ne s’est pas passé ainsi au Burkina Faso, car par la «ruse électorale», c’est toujours la même génération qui est encore au pouvoir. Et ceux qui sont au pouvoir ont manqué de sincérité vis-à-vis du peuple.


Mais il se fait que désormais, les jeunes humiliés et soumis au statut de parias ne veulent plus de cette condition. Alors ces jeunes adoptent une posture de transgression. Ils ne croient plus aux élites politiques qui ont mis en place un système avec en son cœur l’argent. Les anciens étant préoccupés à défendre leur gâteau, selon le philosophe, il est nécessaire qu’il y ait une relève historique pour restaurer politiquement le pays.

Pour relever le défi politique qui s’impose à eux, les jeunes doivent faire preuve de jugement, prendre des initiatives et assumer leur liberté. Il s’agit pour eux de subir leur destin ou de l’assumer. Toutefois, leur ambition politique doit se distinguer des ambitions commerciales. Il convient aussi de ne pas idéaliser la jeunesse car les jeunes sont capables du meilleur comme du pire. Ce qui est primordial, c’est qu’il faut une révolte de la conscience de la jeunesse burkinabè. C’est en cela que l’avenir peut être radieux, a conclu Dr Barro. A la suite des trois panelistes, de nombreux jeunes ont pris la parole pour porter leurs regards sur le thème. S’ils s’accordent sur la nécessité de voir les jeunes au devant des affaires, les voies pour y parvenir ne font pas consensus. Voie électorale? Voie insurrectionnelle? Le débat continue.

 

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"Seule la lutte libère" Thomas Sankara